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Transparency

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    Transparency International est une ONGI d'origine allemande ayant pour principale vocation la lutte contre la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiaux. Wikipédia
    Création : 4 mai 1993

Sagesse orientale

Pour chanter, l'oiseau se passe des barreaux et des grillages; régler sa conduite sur une éthique, c'est s'y enfermer comme l'oiseau dans une cage. "Le Prophète", Khalil Gibran

La pensée est un oiseau dans l'espace; dans une cage de mots, il peut ouvrir ses ailes mais ne peut voler. "Le Prophète", Khalil Gibran

La raison seule est force qui brise tout élan; mais une passion livrée à elle-même est flamme qui se consume jusqu'à cendres. "Le Prophète", Khalil Gibran

Ouvre l'œil et regarde, tu verras ton visage dans tous les visages. Tends l'oreille et écoute, tu entendras ta propre voix dans toutes les voix. "Le sable et l'écume", Khalil Gibran
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Question:"Soleil Vert": est-ce excellente traduction de l'original "Soylent Green" http://www.imdb.com/title/tt0070723/?

D'abord : la perception colorée du soleil peut varier sans que cela soit un mal. Au couchant par exemple, il peut être orangé, tendant vers le rouge.


De fait l'utilisation abusive des insecticides et autres pesticides en agriculture a pour effet pervers d'éliminer des espèces commensales utiles depuis l'aube de l'humanité : notamment les oiseaux (insectivores)

Ce Blog

Remarque préliminaire:
par convention dans ce blog ce qui est indiqué souligné, ou "surligné", soit:
caractères un à un et, ou des, mot(s), en couleur; ou comme ici ces derniers quatre ou cinq mots sur fond de couleur, ou bien encore (mais PAS inmanquablement !) suivi de: <=(Click!) conduit ailleurs par hypertexte
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dimanche 22 octobre 2017

Le Golfe du Mexique, zone morte

Le Golfe du Mexique

en passe de devenir la plus grande "zone morte" des océans

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La zone morte du Golfe du Mexique est en passe de devenir la plus importante au monde. - Carte de la NASA / Wikimedia

Les zones mortes sont des zones aquatiques où l'oxygène devient quasi-inexistant.
En cause: le réchauffement climatique et les polluants issus de l'agriculture humaine. Les organismes fuient ces zones hypoxiques.
Le Golfe du Mexique est en passe de devenir la plus vaste du monde.

Le Golfe du Mexique pourrait passer pour un endroit idyllique.
Et pourtant, la vie marine y est devenue inexistante.
Le réchauffement climatique, ainsi que les différents polluants présents dans l'eau, comme le nitrate et les traitements au phosphore issus de l'industrie agricole, en sont les principales causes, rapportent plusieurs revues scientifiques.

dimanche 15 octobre 2017

Automobile : l'électrification à marche forcée

"Le Point" Automobile

La Chine prépare l'électrification à marche forcée
de 
son parc automobile

*   *   *

C'est à qui sera le plus vert. Après la France et le Royaume-Uni, qui ont récemment dévoilé leur intention d'interdire la vente des voitures diesel ou essence sur leurs marchés d'ici à 2040, c'est au tour de la Chine d'annoncer qu'elle a commandé des «  études  » sur le sujet aux ministères de l'Industrie et des Technologies de l'information afin «  d'établir un calendrier en lien avec les administrations concernées  », a indiqué ce week-end le vice-ministre de l'Industrie Xin Guobin. Sont essentiellement concernées les voitures à essence, le diesel restant confidentiel en Chine.

28 millions de voitures neuves, dont seulement 507 000 hybrides et électriques

«  Les constructeurs devront, conformément aux exigences, améliorer le niveau d'économies d'énergie des voitures traditionnelles et développer vigoureusement les véhicules à énergies propres  », a martelé M. Xin lors d'un discours à Tianjin (Est) rapporté par les médias d'État. Quel que soit le calendrier envisagé, le défi s'annonce herculéen : 28 millions de véhicules – dont 24,4 millions de voitures individuelles – ont été vendus l'an dernier en Chine (+ 14 % sur un an). Sur ce total, seuls 507 000 véhicules «  à énergie nouvelle  » (électriques et hybrides) ont été écoulés – ce qui reste une goutte d'eau, en dépit d'un bond de 53 %, encouragé par des primes gouvernementales et des facilités d'immatriculation.
«  La Chine est déjà engagée dans des politiques favorisant les véhicules propres  », observe Cui Dongshu, secrétaire général de l'influente Association chinoise des voitures individuelles. Mais, pour lui, «  c'est un processus de long cours. Il sera difficile d'arrêter la production de véhicules traditionnels à carburant sur les deux prochaines décennies  », et même après 2040, la tâche s'annonce particulièrement ardue sur les véhicules commerciaux et camions, indique-t-il à l'AFP. Même fort vagues, les annonces du vice-ministre Xin ont contribué à faire bondir le titre de BYD, constructeur chinois spécialiste de l'auto électrique, à la Bourse de Hong Kong, où il grimpait de 6 % environ lundi après-midi.

Contraindre les constructeurs plutôt qu'inciter les clients

Soucieuse de lutter contre l'âcre pollution atmosphérique, la Chine avait mis en place de séduisantes primes subventionnant les achats de véhicules verts. Mais le régime communiste a entrepris de sabrer les incitations pour les consommateurs et veut désormais forcer la main aux constructeurs : il a introduit en juin un projet de règlement pour leur imposer dès 2018 un quota de «  voitures propres  ». Dans ce système complexe, chaque véhicule vendu représenterait un certain nombre de crédits, plus généreux pour les voitures électriques. Avec pour obligation pour un constructeur d'accumuler dès l'an prochain au moins 8 % de crédits «  véhicules verts  » sur le total de ses ventes. La politique entrera en application «  dans le futur proche  », a confirmé M. Xin.

Renault en pointe sur le sujet

Une équation compliquée pour certains constructeurs, à l'instar de l'allemand Volkswagen (4 millions de véhicules vendus en Chine l'an dernier). Il a conclu une coentreprise pour rattraper son retard et vise «  400 000 ventes de véhicules hybrides et électriques d'ici 2020  ». «  La version finale [pour le quota] n'est pas encore publiée, mais nous travaillerons dur pour le respecter. Ce n'est pas facile, on est déjà en septembre  », a déclaré à l'AFP Christoph Ludewig, porte-parole de Volkswagen en Chine, faisant état d'«  efforts colossaux  » de l'entreprise.
L'américain Ford commercialisera début 2018 en Chine son premier véhicule hybride, et 70 % de ses modèles y seront disponibles avec l'électrification en option d'ici 2025. Son compatriote GM, lui, veut lancer au moins dix véhicules propres d'ici 2020. Quant au français Renault, dernier venu, il s'est adapté d'emblée aux nouvelles priorités de Pékin, et la perspective d'un quota ne l'effraie nullement : «  On sait faire, nous avons déjà une technologie avancée  », faisait valoir lundi Florence de Goldfiem, sa responsable de la communication en Chine. Le groupe produira bientôt à Wuhan (Centre) une berline électrique inspirée de sa Fluence Z.E et il a créé fin août une nouvelle coentreprise avec son partenaire local Dongfeng, dédiée au développement de modèles électriques selon les normes chinoises. De l'avis de Cui Dongshu, «  les constructeurs étrangers ont accumulé beaucoup de savoir-faire  ». Aiguillonnés par Pékin, «  ils resteront la principale force du marché  ».
http://www.lepoint.fr/automobile/la-chine-prepare-l-electrification-a-marche-forcee-de-son-parc-automobile-11-09-2017-2155979_646.php

dimanche 18 septembre 2016

Brialmont, ledit "Vauban belge"

Brialmont, ledit "Vauban belge"
Documents présentés à la faveur des Journées du Patrimoine 2016
*   *   * 
Ce dimanche 18 septembre 2016, le public - touristes étrangers ou autochtones belges, bénéficia dans la "capitale de l'Europe", espérons-le du même soulagement (sans vapeurs dues à la circulation motorisée urbaine) après des semaines caniculaires, lesquelles ont fait perdre leurs récoltes à près de 40% pour de nombreuses exploitations agricoles.

Cela particulièrement quand des orages de grêle se sont abattus sur les fleurs pendant le printemps -- période propice à la pollinisation naturelle par le biais des efforts de la bien connue Apis mellifica, dite aussi "abeille domestique".

Des randonneurs et campeurs -- voire des colonies de vacances ou même des troupes d'éclaireurs dans la tradition de Baden-Powell, ont pu constater cela pendant les vacances d'été.

Pour couvrir les nécessités domestiques dans l'aménagement de la prévention et de la sécurité dans la lutte contre les "radicalisés"(*) les autorités publiques de différents pays d'Europe de même que du Commonwealth et d'Asie du Sud-Est ont mis en oeuvre de considérables moyens de recrutement, à l'attention de jeunes volontaires motivés.


Parlementaire libéral conseiller de plusieurs successifs "Ministres de la Guerre"(sic) et finalement destitué de ses fonctions de lieutenant-général pour cause diplomatique,
le personnage -- dont la statue en photo suit, est décédé en 1903. L'année-même de naissance du propre père de votre serviteur-auteur des présentes.


Voir aussi :
- Henri A. Brialmont

- Vague de chaleur en Inde


Statue of Brialmont at Rue Royale and Rue de Louvain city of Brussels Brussels Capital Region Belgium Europe - Stock Image

Précurseurs des actuels terroristes?
Des illuminés qui "passaient à l'acte" comme lesdits anarchistes révolutionnaires de la dite "bande-à-Bono" finalement assimilables aux romantiques bandits-de-grand-chemin, mais aussi de plus dangereux forcenés comme l'assassin du prince-héritier de l'Empire Austro-hongrois -- assassinat qui eut lieu à Sarajevo et fut un événement déclencheur de ladite "première" guerre mondiale en 1914-18.


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* le choix de vocabulaire est actuellement rendu d'autant plus délicat, à la mesure de l'extension des réseaux télématiques et de la relative facilité de leur accès par les hackers, volontaires ou non (confer: affaire Snowden)
Sans que cela puisse constituer aucune exonération de quelque crime que ce soit, laissons-nous penser à l'origine lointaine de ces actuels faits de société; deux pistes s'ouvrent dans ce cas :
Hashīshiyya  , ainsi que
"soufi"

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vendredi 20 mai 2016

Humanité : inhumaine.? (2e ed.)

Humanité : inhumaine?

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Cet article initialement issu de Reporterre :
Entretien 21 mai 2015 En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine »
est primitivement repris sous :
https://nature-recovering-neo.blogspot.be/2016/06/humanite-inhumaine.html


A Fort McMurray, en Alberta, Canada, se déroule un des désastres écologiques de la planète : de monstrueux chantiers à ciel ouvert exploitent les immenses réserves de sables bitumineux. La romancière Nancy Huston, originaire de la région, s’y est rendue et témoigne. « C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. »

Nancy Huston, célèbre romancière et essayiste, est originaire de l’Alberta. Dans le nord de cette province canadienne, d’immenses chantiers à ciel ouvert entourent une « ville champignon » : Fort McMurray. Les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.
C’est ce que dénonce le recueil Brut, la ruée vers l’or noir, chez Lux Éditeur. Les textes de Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe se croisent et se complètent. Ils nous montrent l’ampleur de la catastrophe écologique du point de vue de chaque auteur. Reporterre s’est entretenu avec Nancy Huston. Une Interview à lire… ou à écouter.
Reporterre - Vous êtes revenue en Alberta. Qu’avez-vous découvert ?
Nancy Huston -
- Ecouter Nancy Huston :

Dire « revenir en Alberta », c’est très vague parce que l’Alberta est immense, plus grand que la France. Moi, je suis née au sud de l’Alberta et les installations pétrolifères sont dans le nord. Je n’étais jamais allée dans cette région. Mes grands-parents maternels habitaient la rivière de la Paix qui n’est pas très loin. C’est dans la région de l’Athabasca. Mais je ne connaissais pas la région même de Fort McMurray.
Et donc, je loue une voiture avec des amis. On roule pendant cinq heures et l’on découvre cette ville champignon qui a décuplé de population depuis le début des années 2000 en raison de l’extraction du pétrole. Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est véritablement la ruée vers l’or noir. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. C’est des hommes... uniquement des hommes, qui viennent du monde entier pour gagner beaucoup d’argent rapidement et repartir. Et ce que ça implique à chaque fois, c’est que les gens ont du mal à s’investir dans le lieu lui-même. Ils ont du mal à parler les uns aux autres. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne viennent pas d’une même religion. Ils ne forment pas une communauté.



Vue aérienne d’un chantier pétrolier au nord de Fort McMurray. Source : Google Earth
Fort McMurray est constituée essentiellement de centres commerciaux entourés de banlieues résidentielles extrêmement chères. Tout est cher : les restaurants sont chers, les centres commerciaux alignent des magasins de toutes sortes, mais tout est étrangement déprimant, étrangement désinvesti. Il n’y a de centre que pour le shopping. Il n’y a aucun centre d’aucune ville. La mairie elle-même est une sorte de bâtisse disgracieuse en brique marron. On peut aller de pubs en bars, parce que moi j’aime bien aller voir où les gens boivent. Et là où les gens boivent et en principe se rencontrent pour discuter, il est impossible de discuter parce qu’il y a des écrans partout qui diffusent des émissions très bruyantes de musique et de sport.
Donc, les gens jouent au billard ou ils boivent. Mais il est extrêmement difficile de se parler. De tous les lieux que j’ai visités sur Terre - et j’ai été dans tous les continents -, c’est l’endroit du monde où je me suis sentie le plus mal à l’aise. C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. Une humanité qui n’est là que par rapport à une sorte de survie physiologique.
Que manque-t-il à Fort McMurray ?
- Ecouter Nancy Huston :


La dimension spirituelle. Il y a des églises partout. Mais des églises qui ont le même type de publicité que les magasins, des affiches clignotantes proclament qu’il vaut mieux sauver son âme que réparer son toit. Des choses comme ça. Tout est pensé en termes de rentabilité.
Ensuite, il y a cette immense population : 100 000 personnes à Fort McMurray même et 30 000 autres qui habitent les camps de travail alentour, travaillant pour les quelque 55 compagnies pétrolières qui exploitent les sites d’extraction du pétrole. Au centre touristique de Fort McMurray, on peut, moyennant paiement, faire le tour d’un de ces sites en car. Nous l’avons fait.
Rouler trois-quarts d’heure et visiter le site modèle qui est celui de la compagnie Syncrude, ce qui veut dire « synthetic crude » : le brut synthétique. C’est ça qui est extrait de ces terres. C’est aussi apparemment lié à la Chine. Quand je dis que c’est un site modèle, ça veut dire qu’ils vont nous montrer une image merveilleuse et souriante de l’extraction du pétrole selon « syncrude ». Pendant quatre heures, on a fait le tour de ce site. On voit les forêts qu’ils essaient de replanter.
Moi, ça m’a fait froid dans le dos parce que je suis Canadienne et j’ai senti que j’étais en face d’une propagande exactement du même type que la propagande des pays de l’Est. Dans ma jeunesse, j’ai visité beaucoup de pays derrière le rideau de fer : depuis la Russie jusqu’à la Pologne en passant par la Bulgarie. Donc, je reconnais cette sorte de discours optimiste cynique qui dit que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils nous montrent les soi-disant « étangs », « tailings ponds », c’est-à-dire « étangs de rétention », remplis d’eaux complètement empoisonnées, résultant de l’exploitation des sables bitumineux. On nous montre que c’est vraiment bien contenu, ce n’est pas si grave que ça et qu’il y a toutes sortes de sons qu’on émet régulièrement pour effrayer les oiseaux, pour qu’ils ne se posent pas sur ces lacs et qu’ils ne meurent pas.


Lac de stockage de produits toxiques dans le nord de l’Alberta, le 06 avril 2014. © Guy Oberson
Ce qui m’a le plus choqué dans cette visite était le discours sur les forêts. C’est comme si l’on disait en achetant un aquarium et en mettant trois poissons rouges, qu’on a reconstitué la mer détruite ! Une forêt est un écosystème extrêmement complexe. Ils ont arraché tous les niveaux de la terre, ils ont arraché les arbres, ils ont empoisonné les cours d’eau. Ils font comme si tout allait bien, que les oiseaux allaient revenir, que les animaux allaient revenir et vivre à nouveau là dedans. J’ai été effarée... j’étais glacée par le cynisme et la violence de mon propre pays.
Au travers de votre récit, vous rendez compte d’un changement de vocabulaire. Y a-t-il l’émergence d’une nouvelle langue ?
- Ecouter Nancy Huston :




Il y a l’émergence d’une nouvelle langue. On dit « sables pétroliers » parce qu’on est censé être très fier d’avoir beaucoup de pétrole. Ce bitume sera raffiné et transformé en pétrole à terme. Mais pas chez nous, au Texas ou en Chine ou ailleurs. Le Canada exporte traditionnellement les matières premières non traitées, non retravaillées et c’est encore le cas ici. C’est le brut... vraiment très brut.
Mais cela rapporte énormément d’argent. On est très fier de ça. Mais le produit que nous extrayons de ces terres est incroyablement sale. Le mélange entre le bitume et le sable est une substance indiciblement complexe et qu’il faut traiter avec la vapeur sous pression pour séparer sable et pétrole. Cela relâche dans les eaux et dans nappes phréatiques des poisons qui vont avoir des effets meurtriers sur la faune et les humains, en aval de la rivière.
Quand des gens viennent de différents pays et différentes langues, il faut bien sûr inventer une novlangue. Donc, il y a une sorte de simplification à outrance de la langue anglaise. Et ce qui m’a aussi le plus sidéré là-bas, c’est des affiches, littéralement des panneaux d’affichage, qui disent « BE » : soyez. C’est le premier verbe, le verbe être, le dénominateur commun. Tout le monde peut connaitre ce mot-là en apprenant l’anglais. Et les gens, on les incite, on les encourage à juste « être ». Ça dit aussi « BE YOURSELF » : soyez vous-même... « BE, BE, BE, BE YOURSELF, BE UNIQUE » : soyez unique.

Et bien sûr, le problème des hommes qui vont travailler là-bas, c’est exactement une difficulté d’être, parce que l’être humain devient soi-même par contact et interaction avec autrui. Notre cerveau à la naissance est incomplet et ne se développe que grâce à l’interaction linguistique et sensorielle avec d’autres êtres humains. Donc, si vous plongez des êtres humains à l’âge adulte dans un endroit complètement inconnu et très hostile… c’est un milieu où il fait froid, la température moyenne doit être de deux degrés. Il fait très froid en hiver et les hivers sont longs. Que devient un être humain dans ces conditions ?

On travaille souvent 12 à 15 heures par jour, 7 jours par semaine pendant 2 ou 3 semaines d’affilée et ensuite on a une semaine de repos. Si l’on n’habite pas trop loin, si l’on habite seulement au Texas ou à l’est du Canada, on peut rentrer pendant une semaine. Si l’on habite à l’autre bout de la terre, on reste sur place et on regarde la télévision. Les hommes sont drogués. Pendant qu’ils travaillent, ils ont des casques pour se protéger du bruit épouvantable des machines qu’ils sont en train de manipuler. Ils écoutent de la musique, j’imagine, tonitruante dans leurs casques du matin au soir. Ensuite, ils vont boire un verre et reçoivent encore des bruits des écrans. Dans leur chambre, ils ont une télévision et ont accès à internet. Ça devient une vie virtuelle de A à Z.
C’est comme si la réalité pouvait être mise entre parenthèses pendant des années. Ils restent deux ans, trois ans. Ils gagnent beaucoup d’argent, mais ça coûte très cher aussi de vivre à Fort McMurray donc ils ont tendance à prolonger leurs séjours. Ils se déconnectent complètement de leur vie là-bas. Leur corps de jeune homme avec ses besoins de jeune homme, que devient-il ? Et bien, il y a des boites de strip-tease,des prostituées. J’ai entendu dire qu’on faisait venir, pour des occasions spéciales, des prostituées depuis Edmonton en avion pour assouvir les besoins des... peut-être pour les boss et non pas pour les travailleurs, je ne sais pas.
« Be » est inscrit partout. Mais finalement, « être » renvoie à « posséder » ?
- Ecouter Nancy Huston :

Ça se confond, être et avoir. C’est comme si l’on ne pouvait pas imaginer qu’il y ait une autre fonction dans la vie que d’avoir de plus en plus d’argent, d’être sûr de gagner assez d’argent pour envoyer ses enfants à l’école, à l’université. La vie devient entièrement un calcul de fric et rien d’autre. Les galeries d’art... bon, je veux bien que ce soit impossible dans une ville aussi récente et dans une région aussi ingrate de donner naissance à de grands artistes. Je ne suis pas naïve. Mais ce qu’on appelle des galeries d’art, c’est très comique. Ils ont des crochets, des ouvrages de crochets et de broderies qui montrent des camions. Ces camions gigantesques qui sont grands comme des immeubles de deux étages et dont ils sont très fiers.
C’est une sorte d’appauvrissement, d’abêtissement, je n’ai pas envie de dire bestialité parce que j’ai trop de respect pour les animaux. C’est une mécanisation de l’être humain. C’est comme si l’homme était en train de se transformer volontairement en machine, de faire partie de ces camions et de ces excavateurs qui arrachent la surface de la Terre. Quand on les regarde, c’est comme si l’on voyait des dinosaures. Et l’on voit les hommes qui se mélangent à ces corps mécaniques de dinosaures et qui détruisent leur propre maison, leur propre terre.

Les gens ont-ils conscience de cette destruction, de la catastrophe écologique ?
- Ecouter Nancy Huston :

Je ne peux pas généraliser sur les Albertains parce que j’en connais peu. Les gens avec qui j’ai discuté là-bas n’avaient pas l’air plus inquiets que ça. Je sais qu’il y a de plus en plus de mouvements écologistes, notamment les communautés autochtones, mais pas seulement, qui protestent.
Mais autour de moi, c’est vrai, à Calgary, à Edmonton, les gens avec qui j’ai discuté prenaient ça à la légère. Ils avaient l’impression... on aurait dit… que les écolos, c’étaient : ou des doux dingues ou des manipulés par les gauchistes, voire par les pays arabes. Le but de l’opération est de remplacer l’Arabie Saoudite comme premier fournisseur de pétrole des États-Unis. Donc, on est très fier de cette mission, nous les Albertains, et l’on ne voit pas plus loin que le bout de notre nez.
- Propos recueillis par Lucas Mascarello

- Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Lux Editeur, 112 pages, 12,00 €