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    Transparency International est une ONGI d'origine allemande ayant pour principale vocation la lutte contre la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiaux. Wikipédia
    Création : 4 mai 1993

Sagesse orientale

Pour chanter, l'oiseau se passe des barreaux et des grillages; régler sa conduite sur une éthique, c'est s'y enfermer comme l'oiseau dans une cage. "Le Prophète", Khalil Gibran

La pensée est un oiseau dans l'espace; dans une cage de mots, il peut ouvrir ses ailes mais ne peut voler. "Le Prophète", Khalil Gibran

La raison seule est force qui brise tout élan; mais une passion livrée à elle-même est flamme qui se consume jusqu'à cendres. "Le Prophète", Khalil Gibran

Ouvre l'œil et regarde, tu verras ton visage dans tous les visages. Tends l'oreille et écoute, tu entendras ta propre voix dans toutes les voix. "Le sable et l'écume", Khalil Gibran
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Question:"Soleil Vert": est-ce excellente traduction de l'original "Soylent Green" http://www.imdb.com/title/tt0070723/?

D'abord : la perception colorée du soleil peut varier sans que cela soit un mal. Au couchant par exemple, il peut être orangé, tendant vers le rouge.


De fait l'utilisation abusive des insecticides et autres pesticides en agriculture a pour effet pervers d'éliminer des espèces commensales utiles depuis l'aube de l'humanité : notamment les oiseaux (insectivores)

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vendredi 3 mars 2017

Bombes climatiques sur la Maison

Bombes climatiques

sur la Maison
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"Et si l'on vous disait.?", discours-type d'un journalisme offensif, compétitif et dit "durable" -- dans "l'air du temps".?, c'est-à-dire du côté des "gagneurs" plutôt que des "déplorables", ce dernier terme étant repris au vocabulaire de Hillary Clinton pour stigmatiser ses adversaires politiques : cela précisément suscita une réaction paradoxale, un regain en leur faveur, et fit pencher la balance à leur profit aux derniers moments de l'élection présidentielle..!

Pour autant, en matière d'environnement (assez loin de ladite "politique politicienne") les faits sont là "plus forts que Lord-Maire":


E-RSE

La plateforme de l’engagement Responsabilité Sociale d'Entreprise et développement durable

 En matière de changement climatique, on entend presque systématiquement parler de CO2. La raison est simple : le CO2 est l’un des gaz à effet de serre les plus abondants dans notre atmosphère et c’est aussi celui que nous émettons le plus à cause de notre consommation d’énergie fossile. En grande partie, ce gaz est responsable des dérèglements climatiques que vit notre planète.

Mais ce gaz polluant n’est pas le seul qui pose problème : le méthane par exemple, est aussi coupable.

Ce gaz de la famille des alcanes peut-être utilisé comme combustible pour le chauffage ou pour produire de l’électricité. Il est d’ailleurs le composé le plus important du gaz naturel (3ème source d’énergie la plus utilisée dans le monde). Mais surtout, le méthane est un gaz à effet de serre très puissant. Pendant longtemps son influence sur le climat a été sous estimée car c’est un gaz qui a une durée de vie assez courte dans l’atmosphère : au bout d’une dizaine d’années il finit par se décomposer. Mais depuis une dizaine d’années, on commence à mieux connaître le méthane, et une chose est claire : on a largement sous estimé les risques que représente ce gaz pour le climat.
Selon le 5ème rapport du GIEC sur le climat, le méthane a un pouvoir de réchauffement global 28 fois supérieur à celui du CO2. Autrement dit, 1 g de méthane bloque 28 fois plus de rayonnements solaires dans l’atmosphère… et donc contribue à réchauffer le climat 28 fois plus fortement ! Malgré sa faible durée de vie, le méthane pourrait donc avoir des conséquences très fortes sur le climat. Encore plus inquiétant : des quantités gigantesques de méthane jusque là stockées dans les sols pourraient bientôt être relâchées dans l’atmosphère à cause de la montée des températures… Et cela pourrait avoir des conséquences dramatiques. Explications.

Le pergélisol : des réserves naturelles de méthane… sur le point d’exploser ?

Sur la planète, de grandes quantités de méthane sont stockées et emprisonnées un peu partout. Dans le sol par exemple, on trouve du méthane sous forme de “gaz naturel”, notamment dans les zones géologiques où se forment le pétrole et les hydrocarbures. Dans les zones charbonneuses on trouve aussi du méthane prisonnier des couches géologiques : ce sont les gaz de schistes ou les gaz de couche. Mais une bonne partie du méthane présent sur la terre est également stocké près de la surface des sols ou au fond des océans. Le problème c’est que ces réserves (les réserves océaniques, et celles situées près de la surface) pourraient dans les années à venir relâcher le méthane qu’elles contiennent…
C’est notamment le cas des pergélisols arctiques ou sibériens. Dans ces zones très froides, on a pu mesurer des quantités importantes de méthane stockées dans les couches affleurantes du sol qui sont en permanence gelées. Le froid a en effet pour effet de stabiliser le méthane et de limiter sa volatilité. Mais depuis que les températures moyennes sur la Terre augmentent, ces sols ont tendance à se réchauffer. La conséquence de ce dégel est que le méthane qui était stabilisé dans les sols congelés s’échappe. On appelle ce phénomène le relarguage du méthane du pergélisol. Une étude menée par l’Université d’Alaska Fairbanks et publiée dans la revue Nature Geosciences estime ainsi que depuis 60 ans, ce sont entre 200 millions et 2.5 milliards de tonnes de méthane qui se sont échappées des sols gelés de la région pan-arctique. Cela représente l’équivalent de 70 milliards de tonnes de CO2, soit autant que ce qui est émis par toute l’humanité en 2 années entière. Mais avec l’augmentation des températures, le rythme de la fonte (et donc du relarguage du méthane) devrait s’accentuer : les modèles de prévision tablent à l’heure actuelle sur un rythme 100 à 900 fois plus rapide de la fonte du pergélisol dans les 100 prochaines années.
D’autre part, la fonte des sols gelés a des conséquences qui pourraient rapidement ressembler à un vrai cercle vicieux. Une grande partie du méthane émis chaque année sur la planète provient de sources dites “biogéniques”, c’est à dire qu’elles sont la conséquence de processus naturels. Par exemple, les zones humides produisent énormément de méthane notamment parce que la biomasse y entre en décomposition en présence de taux importants d’humidité. C’est ce qui se passe dans les rizières inondées par exemple, et qui en font aujourd’hui l’une des plus grandes sources d’émissions de méthane de l’agriculture, juste devant l’élevage. Or dans les pergélisol, à mesure que la glace fond, les zones deviennent de plus en plus humides. Lorsque ce phénomène a lieu dans des zones végétalisées comme la toundra, cela participe à créer le même phénomène de décomposition végétale qui à son tour va relarguer du méthane. Et à son tour, ce méthane va contribuer à réchauffer l’atmosphère et donc à accentuer la fonte des sols.
A partir d’un certain seuil (qu’on appelle le point de bascule) ce phénomène pourrait s’auto-alimenter tout seul. Cela signifie que si les températures continuent à augmenter, il est possible qu’à un moment, même si nous arrêtions toutes nos émissions de CO2, la fonte des pergélisols continue à alimenter le réchauffement en libérant du méthane… et que rien ne puisse plus l’empêcher. Sachant qu’on estime à plus de 1 400 milliards de tonnes les quantités de méthane stockées dans l’Arctique, et qu’un dégazage brutal de 50 milliards de tonnes est considéré comme probable par les scientifiques… cela laisse envisager le pire.

L’hypothèse du fusil à clathrates ou la "bombe" des hydrates de méthane marins

En plus des sols, une partie du méthane de la planète est actuellement stocké au niveau des planchers sous-marins, sous forme de “glaces”. C’est ce que l’on appelle les hydrates de méthane ou plus largement les clathrates. De la même façon que pour les pergélisols, il est possible que ces réserves finissent par se libérer à cause de l’augmentation des températures. Autrement dit, si l’océan se réchauffe trop, il larguera lui aussi des quantités importantes de méthane.
Il n’est pas certain que ce méthane puisse réellement rejoindre l’atmosphère (il pourrait se dissoudre dans l’eau ou être détruit par des bactéries océaniques), mais s’il y parvient, il participera lui aussi au cercle vicieux du réchauffement. Et même si ce gaz ne parvient pas à la surface, il devrait logiquement contribuer à une acidification importante des océans… ce qui est aussi un facteur aggravant du réchauffement climatique dans la mesure où cela contribue à détruire le phytoplancton qui absorbe la majorité du CO2 sur Terre. (voir notre article : Les conséquences du réchauffement climatique sur l’océan).
Là encore, quand le point de bascule sera atteint et que ce méthane commencera à se diffuser, il sera probablement difficile de revenir en arrière à cause des effets de boucle de rétroaction que cela engendrera. C’est d’ailleurs pour cela que cette hypothèse s’appelle “l’hypothèse du fusil” : une fois que le coup est parti, il est impossible de revenir en arrière.

Le méthane : un ennemi plus grand que le CO2 pour le changement climatique ?

À la lumière de ces chiffres, il est certain que le méthane fait peser un risque énorme sur l’équilibre de nos systèmes climatiques. Certains voient donc dans le méthane la “priorité oubliée de la lutte contre le réchauffement climatique”, arguant qu’il vaudrait mieux mettre notre énergie à réduire nos émissions de méthane. En effet, le méthane ayant un pouvoir de réchauffement plus important que le CO2, réduire nos émissions de méthane aurait un effet immédiat plus fort sur la lutte contre le réchauffement climatique. Et il semble aujourd’hui plus simple de limiter nos émissions de méthane que nos émissions de CO2 : il suffit pour cela de réduire notre consommation de riz et de viande, alors que le CO2 touche quant lui à des besoins structurels comme le transport et l’énergie.
Néanmoins, il faut garder à l’esprit qu’à l’heure actuelle près de 75% du réchauffement climatique est attribuable au CO2 seul. Le méthane quand à lui représenterait environ 15% seulement du réchauffement actuel. Globalement, dans la lutte contre le réchauffement climatique, nos émissions actuelles de méthane posent donc moins problème que nos émissions de CO2.
Reste que jusqu’à maintenant, les risques posés par le méthane sur notre climat ont été sous-estimés et qu’il convient de prendre rapidement des mesures afin que cette fameuse “bombe méthane” dont parlent les scientifiques ne se déclenche, emportant avec elle tous les espoirs de la COP21, "maintenir le réchauffement sous la barre des 2 degrés".
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vendredi 20 mai 2016

Humanité : inhumaine.? (2e ed.)

Humanité : inhumaine?

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Cet article initialement issu de Reporterre :
Entretien 21 mai 2015 En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine »
est primitivement repris sous :
https://nature-recovering-neo.blogspot.be/2016/06/humanite-inhumaine.html


A Fort McMurray, en Alberta, Canada, se déroule un des désastres écologiques de la planète : de monstrueux chantiers à ciel ouvert exploitent les immenses réserves de sables bitumineux. La romancière Nancy Huston, originaire de la région, s’y est rendue et témoigne. « C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. »

Nancy Huston, célèbre romancière et essayiste, est originaire de l’Alberta. Dans le nord de cette province canadienne, d’immenses chantiers à ciel ouvert entourent une « ville champignon » : Fort McMurray. Les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.
C’est ce que dénonce le recueil Brut, la ruée vers l’or noir, chez Lux Éditeur. Les textes de Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe se croisent et se complètent. Ils nous montrent l’ampleur de la catastrophe écologique du point de vue de chaque auteur. Reporterre s’est entretenu avec Nancy Huston. Une Interview à lire… ou à écouter.
Reporterre - Vous êtes revenue en Alberta. Qu’avez-vous découvert ?
Nancy Huston -
- Ecouter Nancy Huston :

Dire « revenir en Alberta », c’est très vague parce que l’Alberta est immense, plus grand que la France. Moi, je suis née au sud de l’Alberta et les installations pétrolifères sont dans le nord. Je n’étais jamais allée dans cette région. Mes grands-parents maternels habitaient la rivière de la Paix qui n’est pas très loin. C’est dans la région de l’Athabasca. Mais je ne connaissais pas la région même de Fort McMurray.
Et donc, je loue une voiture avec des amis. On roule pendant cinq heures et l’on découvre cette ville champignon qui a décuplé de population depuis le début des années 2000 en raison de l’extraction du pétrole. Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est véritablement la ruée vers l’or noir. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. C’est des hommes... uniquement des hommes, qui viennent du monde entier pour gagner beaucoup d’argent rapidement et repartir. Et ce que ça implique à chaque fois, c’est que les gens ont du mal à s’investir dans le lieu lui-même. Ils ont du mal à parler les uns aux autres. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne viennent pas d’une même religion. Ils ne forment pas une communauté.



Vue aérienne d’un chantier pétrolier au nord de Fort McMurray. Source : Google Earth
Fort McMurray est constituée essentiellement de centres commerciaux entourés de banlieues résidentielles extrêmement chères. Tout est cher : les restaurants sont chers, les centres commerciaux alignent des magasins de toutes sortes, mais tout est étrangement déprimant, étrangement désinvesti. Il n’y a de centre que pour le shopping. Il n’y a aucun centre d’aucune ville. La mairie elle-même est une sorte de bâtisse disgracieuse en brique marron. On peut aller de pubs en bars, parce que moi j’aime bien aller voir où les gens boivent. Et là où les gens boivent et en principe se rencontrent pour discuter, il est impossible de discuter parce qu’il y a des écrans partout qui diffusent des émissions très bruyantes de musique et de sport.
Donc, les gens jouent au billard ou ils boivent. Mais il est extrêmement difficile de se parler. De tous les lieux que j’ai visités sur Terre - et j’ai été dans tous les continents -, c’est l’endroit du monde où je me suis sentie le plus mal à l’aise. C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. Une humanité qui n’est là que par rapport à une sorte de survie physiologique.
Que manque-t-il à Fort McMurray ?
- Ecouter Nancy Huston :


La dimension spirituelle. Il y a des églises partout. Mais des églises qui ont le même type de publicité que les magasins, des affiches clignotantes proclament qu’il vaut mieux sauver son âme que réparer son toit. Des choses comme ça. Tout est pensé en termes de rentabilité.
Ensuite, il y a cette immense population : 100 000 personnes à Fort McMurray même et 30 000 autres qui habitent les camps de travail alentour, travaillant pour les quelque 55 compagnies pétrolières qui exploitent les sites d’extraction du pétrole. Au centre touristique de Fort McMurray, on peut, moyennant paiement, faire le tour d’un de ces sites en car. Nous l’avons fait.
Rouler trois-quarts d’heure et visiter le site modèle qui est celui de la compagnie Syncrude, ce qui veut dire « synthetic crude » : le brut synthétique. C’est ça qui est extrait de ces terres. C’est aussi apparemment lié à la Chine. Quand je dis que c’est un site modèle, ça veut dire qu’ils vont nous montrer une image merveilleuse et souriante de l’extraction du pétrole selon « syncrude ». Pendant quatre heures, on a fait le tour de ce site. On voit les forêts qu’ils essaient de replanter.
Moi, ça m’a fait froid dans le dos parce que je suis Canadienne et j’ai senti que j’étais en face d’une propagande exactement du même type que la propagande des pays de l’Est. Dans ma jeunesse, j’ai visité beaucoup de pays derrière le rideau de fer : depuis la Russie jusqu’à la Pologne en passant par la Bulgarie. Donc, je reconnais cette sorte de discours optimiste cynique qui dit que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils nous montrent les soi-disant « étangs », « tailings ponds », c’est-à-dire « étangs de rétention », remplis d’eaux complètement empoisonnées, résultant de l’exploitation des sables bitumineux. On nous montre que c’est vraiment bien contenu, ce n’est pas si grave que ça et qu’il y a toutes sortes de sons qu’on émet régulièrement pour effrayer les oiseaux, pour qu’ils ne se posent pas sur ces lacs et qu’ils ne meurent pas.


Lac de stockage de produits toxiques dans le nord de l’Alberta, le 06 avril 2014. © Guy Oberson
Ce qui m’a le plus choqué dans cette visite était le discours sur les forêts. C’est comme si l’on disait en achetant un aquarium et en mettant trois poissons rouges, qu’on a reconstitué la mer détruite ! Une forêt est un écosystème extrêmement complexe. Ils ont arraché tous les niveaux de la terre, ils ont arraché les arbres, ils ont empoisonné les cours d’eau. Ils font comme si tout allait bien, que les oiseaux allaient revenir, que les animaux allaient revenir et vivre à nouveau là dedans. J’ai été effarée... j’étais glacée par le cynisme et la violence de mon propre pays.
Au travers de votre récit, vous rendez compte d’un changement de vocabulaire. Y a-t-il l’émergence d’une nouvelle langue ?
- Ecouter Nancy Huston :




Il y a l’émergence d’une nouvelle langue. On dit « sables pétroliers » parce qu’on est censé être très fier d’avoir beaucoup de pétrole. Ce bitume sera raffiné et transformé en pétrole à terme. Mais pas chez nous, au Texas ou en Chine ou ailleurs. Le Canada exporte traditionnellement les matières premières non traitées, non retravaillées et c’est encore le cas ici. C’est le brut... vraiment très brut.
Mais cela rapporte énormément d’argent. On est très fier de ça. Mais le produit que nous extrayons de ces terres est incroyablement sale. Le mélange entre le bitume et le sable est une substance indiciblement complexe et qu’il faut traiter avec la vapeur sous pression pour séparer sable et pétrole. Cela relâche dans les eaux et dans nappes phréatiques des poisons qui vont avoir des effets meurtriers sur la faune et les humains, en aval de la rivière.
Quand des gens viennent de différents pays et différentes langues, il faut bien sûr inventer une novlangue. Donc, il y a une sorte de simplification à outrance de la langue anglaise. Et ce qui m’a aussi le plus sidéré là-bas, c’est des affiches, littéralement des panneaux d’affichage, qui disent « BE » : soyez. C’est le premier verbe, le verbe être, le dénominateur commun. Tout le monde peut connaitre ce mot-là en apprenant l’anglais. Et les gens, on les incite, on les encourage à juste « être ». Ça dit aussi « BE YOURSELF » : soyez vous-même... « BE, BE, BE, BE YOURSELF, BE UNIQUE » : soyez unique.

Et bien sûr, le problème des hommes qui vont travailler là-bas, c’est exactement une difficulté d’être, parce que l’être humain devient soi-même par contact et interaction avec autrui. Notre cerveau à la naissance est incomplet et ne se développe que grâce à l’interaction linguistique et sensorielle avec d’autres êtres humains. Donc, si vous plongez des êtres humains à l’âge adulte dans un endroit complètement inconnu et très hostile… c’est un milieu où il fait froid, la température moyenne doit être de deux degrés. Il fait très froid en hiver et les hivers sont longs. Que devient un être humain dans ces conditions ?

On travaille souvent 12 à 15 heures par jour, 7 jours par semaine pendant 2 ou 3 semaines d’affilée et ensuite on a une semaine de repos. Si l’on n’habite pas trop loin, si l’on habite seulement au Texas ou à l’est du Canada, on peut rentrer pendant une semaine. Si l’on habite à l’autre bout de la terre, on reste sur place et on regarde la télévision. Les hommes sont drogués. Pendant qu’ils travaillent, ils ont des casques pour se protéger du bruit épouvantable des machines qu’ils sont en train de manipuler. Ils écoutent de la musique, j’imagine, tonitruante dans leurs casques du matin au soir. Ensuite, ils vont boire un verre et reçoivent encore des bruits des écrans. Dans leur chambre, ils ont une télévision et ont accès à internet. Ça devient une vie virtuelle de A à Z.
C’est comme si la réalité pouvait être mise entre parenthèses pendant des années. Ils restent deux ans, trois ans. Ils gagnent beaucoup d’argent, mais ça coûte très cher aussi de vivre à Fort McMurray donc ils ont tendance à prolonger leurs séjours. Ils se déconnectent complètement de leur vie là-bas. Leur corps de jeune homme avec ses besoins de jeune homme, que devient-il ? Et bien, il y a des boites de strip-tease,des prostituées. J’ai entendu dire qu’on faisait venir, pour des occasions spéciales, des prostituées depuis Edmonton en avion pour assouvir les besoins des... peut-être pour les boss et non pas pour les travailleurs, je ne sais pas.
« Be » est inscrit partout. Mais finalement, « être » renvoie à « posséder » ?
- Ecouter Nancy Huston :

Ça se confond, être et avoir. C’est comme si l’on ne pouvait pas imaginer qu’il y ait une autre fonction dans la vie que d’avoir de plus en plus d’argent, d’être sûr de gagner assez d’argent pour envoyer ses enfants à l’école, à l’université. La vie devient entièrement un calcul de fric et rien d’autre. Les galeries d’art... bon, je veux bien que ce soit impossible dans une ville aussi récente et dans une région aussi ingrate de donner naissance à de grands artistes. Je ne suis pas naïve. Mais ce qu’on appelle des galeries d’art, c’est très comique. Ils ont des crochets, des ouvrages de crochets et de broderies qui montrent des camions. Ces camions gigantesques qui sont grands comme des immeubles de deux étages et dont ils sont très fiers.
C’est une sorte d’appauvrissement, d’abêtissement, je n’ai pas envie de dire bestialité parce que j’ai trop de respect pour les animaux. C’est une mécanisation de l’être humain. C’est comme si l’homme était en train de se transformer volontairement en machine, de faire partie de ces camions et de ces excavateurs qui arrachent la surface de la Terre. Quand on les regarde, c’est comme si l’on voyait des dinosaures. Et l’on voit les hommes qui se mélangent à ces corps mécaniques de dinosaures et qui détruisent leur propre maison, leur propre terre.

Les gens ont-ils conscience de cette destruction, de la catastrophe écologique ?
- Ecouter Nancy Huston :

Je ne peux pas généraliser sur les Albertains parce que j’en connais peu. Les gens avec qui j’ai discuté là-bas n’avaient pas l’air plus inquiets que ça. Je sais qu’il y a de plus en plus de mouvements écologistes, notamment les communautés autochtones, mais pas seulement, qui protestent.
Mais autour de moi, c’est vrai, à Calgary, à Edmonton, les gens avec qui j’ai discuté prenaient ça à la légère. Ils avaient l’impression... on aurait dit… que les écolos, c’étaient : ou des doux dingues ou des manipulés par les gauchistes, voire par les pays arabes. Le but de l’opération est de remplacer l’Arabie Saoudite comme premier fournisseur de pétrole des États-Unis. Donc, on est très fier de cette mission, nous les Albertains, et l’on ne voit pas plus loin que le bout de notre nez.
- Propos recueillis par Lucas Mascarello

- Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Lux Editeur, 112 pages, 12,00 €