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    Transparency International est une ONGI d'origine allemande ayant pour principale vocation la lutte contre la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiaux. Wikipédia
    Création : 4 mai 1993

Sagesse orientale

Pour chanter, l'oiseau se passe des barreaux et des grillages; régler sa conduite sur une éthique, c'est s'y enfermer comme l'oiseau dans une cage. "Le Prophète", Khalil Gibran

La pensée est un oiseau dans l'espace; dans une cage de mots, il peut ouvrir ses ailes mais ne peut voler. "Le Prophète", Khalil Gibran

La raison seule est force qui brise tout élan; mais une passion livrée à elle-même est flamme qui se consume jusqu'à cendres. "Le Prophète", Khalil Gibran

Ouvre l'œil et regarde, tu verras ton visage dans tous les visages. Tends l'oreille et écoute, tu entendras ta propre voix dans toutes les voix. "Le sable et l'écume", Khalil Gibran
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Question:"Soleil Vert": est-ce excellente traduction de l'original "Soylent Green" http://www.imdb.com/title/tt0070723/?

D'abord : la perception colorée du soleil peut varier sans que cela soit un mal. Au couchant par exemple, il peut être orangé, tendant vers le rouge.


De fait l'utilisation abusive des insecticides et autres pesticides en agriculture a pour effet pervers d'éliminer des espèces commensales utiles depuis l'aube de l'humanité : notamment les oiseaux (insectivores)

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Remarque préliminaire:
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samedi 4 mars 2017

Barnum circus on the Docks

Barnum circus on the Docks

Economie(s) d'échelle(s) ?

*   *   *
(Article également publié au blog Père Turban.)
« Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre » (George Orwell)

Le fait que les tractations relatives au TiSA (Trade in Services Agreement) ou au traité transatlantique (TTIP) sont, aujourd’hui, organisées en dehors de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) est révélateur de l’ornière dans laquelle cette dernière est embourbée. Dans un premier temps, cette analyse fera le point sur l’histoire de l’OMC afin de statuer sur la situation de crise que traverse, aujourd’hui, cette organisation internationale.

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Note de blog
Wikipedia en dit ceci: 
Parmi les cinq pays composant les BRICS, la Chine, l'Inde et le Brésil sont considérés comme les grandes puissances émergentes actuelles. La Russie est une puissance en voie de restauration. Quant à l'Afrique du Sud, il s'agit encore davantage d'une puissance régionale. En 2015, les BRICS sont respectivement les neuvième, douzième, septième, deuxième et trente-troisième puissances mondiales (au sens du PIB nominal)3 et septième, sixième, troisième, deuxième et vingt-cinquième en parité de pouvoir d'achat. En dix ans, leur place dans l'économie mondiale a ainsi fortement progressé : 16 % du PIB mondial en 2001, elle atteint 27 % en 2011 et pourrait atteindre, selon certaines projections, 40 % en 20254.
Les pays développés produisent aujourd'hui moins de la moitié de la richesse mondiale à la suite de la poussée économique des grands pays émergents (dont les principaux : Brésil, Chine, Inde, Russie) mais aussi de celle d'autres pays en développement (dont l'Afrique du Sud)5. En 2011, le PIB nominal cumulé des BRICS s'élevait à 11 221 milliards6 pour une population totale de près de 3 milliards d’habitants (soit 40 % de la population mondiale). En 2014, les BRICS affichaient un PIB nominal cumulé de plus de 14 000 milliards de dollars7,soit pratiquement autant que celui des 28 pays de l'Union européenne réunis (18 874) et proche de celui des États-Unis (17 528).

Certains économistes parlent également des CIVETS8,9 voire des MINT10 ou des BENIVM pour prendre le relais des BRICS en termes de croissance économique.
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Plus précisément, ce texte reviendra sur les enjeux que pose cette crise en ce qui concerne la montée en puissance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). A cet égard, la thèse manichéenne présentant un front unitaire des BRICS face à l’Occident nous semble devoir être nuancée. Nous développerons nos arguments à ce sujet dans la dernière partie de ce texte.
De round en round…
Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le commerce mondial a fait l’objet de mesures progressives de libéralisation. En 1947, vingt-trois pays1 réunis à Genève concluent le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade)2. Objectif : relancer le commerce international par le biais d’un allègement des barrières tarifaires. Sous l’ombrelle du Gatt, l’agriculture n’a pas été placée en dehors du champ des négociations mais a fait l’objet de dérogations aux règles du droit commercial multilatéral3. En y regardant, d’ailleurs, d’un peu plus près, il serait, cependant, parfaitement erroné de ne pas mentionner l’agriculture4comme faisant partie intégrante des pourparlers dans le cadre du Gatt. C’est ainsi que lors du Kennedy Round de 1963, le secteur des céréales est inclus dans les négociations. « Face à la menace de fermeture du Marché commun consécutive à l’adoption des principes et des premiers règlements de la politique agricole commune (PAC), les États-Unis voulaient obtenir soit un maintien des échanges existants, soit une garantie d’accès à un niveau négocié »5. Un compromis a minima voit le jour. Il « concerne l’aide alimentaire, prévue sur trois ans et financée par les grands pays industrialisés (en dépit des réticences japonaises) et dont le bénéfice va aux farmers américains, mais aussi aux céréaliers de la Communauté, au premier rang desquels les Français  »6.
Cinq rounds de négociation sont organisés de1947 à 1973 et portent exclusivement sur les droits de douane. La question du dumping sera intégrée lors du Kennedy Round qui a duré de 1964 à 1967. Pour mémoire, le dumping consiste en l’exportation d’un produit à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché intérieur d’origine7. En 1973, lors du Tokyo Round8, les barrières non-tarifaires sont intégrées dans les pourparlers. A l’occasion du Tokyo Round (1973-1979), les discussions changent de nature. En effet, c’est à cette occasion que la pratique des accords-cadres voit le jour. Alors que jusque-là, les discussions s’étaient limitées à des questions techniques, elles comportent, à partir de cette époque, de véritables points politiques puisqu’elles ont pour fonction d’énoncer des principes (soit le contenu d’une ligne politique). Et bien que le Gatt ne jouisse pas du statut d’organisation internationale, on pointera, au passage, une autonomisation certaine par rapport aux gouvernements. « Les Accords du Tokyo Round de 1979 vont progressivement mettre en place un « nouveau GATT ». Il ne s’agit pas seulement d’une réforme des principes et des règles du GATT, mais d’une véritable refonte du système commercial multilatéral (…). Cette refonte sans précédent du système commercial multilatéral s’est opérée sans que soient utilisées les procédures normales de révision de l’Accord général  »9.
Concomitamment, on note une mise sur le banc de touche du politique pour le plus grand bénéfice des experts. C’est ainsi que dans la foulée du Tokyo Round, le Trade Act de 1975 donne au président des États-Unis un pouvoir de négociation des accords commerciaux sans véritable contrôle et sans droit d’amendement par le Congrès. Et au passage, ce même Trade Act a rendu possible la création d’un comité de supervision comprenant des représentants de l’industrie.
On observe une évolution similaire du côté européen. A cette époque, sur le Vieux Continent, c’est la Commission européenne qui se profile comme institution faisant office de pied-de-biche en faveur du libre-échangisme. Jusque dans les années septante, les États membres étaient souverains pour ce qui est de la coordination de leurs relations commerciales avec l’extérieur. Ce principe général va évoluer à l’époque du Tokyo Round dont la Commission européenne initiera le processus de négociation10. Cette initiative n’aurait peut-être pas vu le jour sans la création, à la même époque, de la Commission trilatérale. La Commission trilatérale fut fondée en juillet 1973 à l’initiative David Rockefeller. « La Commission entend alors devenir un organe privé de concertation et d’orientation de la politique internationale des pays de la triade (États-Unis, Europe, Japon) »11. Un des partisans de la Commission trilatérale, le sénateur US Barry Goldwater12y voyait « un effort habile et coordonné pour prendre le contrôle et consolider les 4 centres de pouvoir : politique, économique, intellectuel et ecclésiastique [à travers] la création d’un pouvoir économique mondial supérieur aux gouvernements nationaux impliqués  »13. On notera la participation d’Edmund Peter Wellenstein, Directeur Général, à l’époque du Tokyo Round, des relations extérieures à la Commission européenne (1973-1976), à la conférence plénière de la Commission trilatérale de Tokyo en 1985. Il laissa, pour la postérité, une contribution aux actes de cette conférence dans laquelle il déclarait que « les pays de la trilatérale constituent les piliers de l’ordre économique mondial (…). Cet ordre peut sembler bancal ou incomplet mais il n’y en a pas d’autre (…) »14. La globalisation néolibérale était en marche dès le milieu des années septante.
Le grand tournant
Et à y regarder de plus près, établir une correspondance terme à terme, à l’instar de la mouvance altermondialiste, entre la montée du libre-échangisme et la fin de la guerre froide apparaît téméraire15A contrario, nous privilégierons une analyse mettant davantage l’accent sur un ensemble de facteurs socioéconomiques au détriment d’hypothèses d’ordre géopolitique. A cet égard, il nous semble davantage porteur d’un point de vue explicatif de nous focaliser sur la situation économique des nations occidentales dans les années septante. Dès le début de cette décennie, on observe, en effet, une baisse du taux de profit au sein des économies développées.

La baisse du taux de profit s’est produite dès le milieu des années soixante dans les économies anglo-saxonnes (États-Unis et Grande-Bretagne). En Allemagne, ce tournant a été plus tardif. C’est à la lisière des années septante que les profits commencent à baisser au pays de Goethe. Et c’est seulement à partir de 1975 que l’économie française connaîtra ce même mouvement de tassement des profits.
Le philosophe et sociologue marxiste Nicos Poulantzas16 a synthétisé l’apport des crises au capitalisme en les qualifiant de « paroxysmes darwiniens » dans la mesure où elles permettent d’amorcer une phase de concentration du capital qui rendra ultérieurement possible une augmentation du taux de profit en éliminant les acteurs les moins performants. Dans cette perspective, l’ouverture des frontières et le libre-échange ont joué un rôle de première importance dans la mesure où ils ont étendu le terrain de la compétition.
Comme dit auparavant, le taux de profit atteint un plus bas au début des années quatre-vingt. Par la suite, la remontée du taux de profit est généralisée et constante.
Trois fléchissements notables s’observent cependant. Ces mouvements baissiers se produisent à l’occasion de la récession du début des années nonante, lors de l’éclatement de la bulle internet aux alentours de 2001 et immédiatement après la crise de 2007-2008. Chacun de ces épisodes a donné lieu à un approfondissement de l’internationalisation des échanges commerciaux et de la liberté de circulation des capitaux depuis les années quatre-vingt.
Et rien ne semble, pour l’heure, modifier de façon substantielle la donne qui prévaut depuis cette époque. A ce propos, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une source peu suspecte de sympathie envers l’hétérodoxie économique, dressait, en son temps, un constant accablant de l’investissement transnational.
 « Le poids relatif des différents modes d’entrée de l’IDE a évolué ces dernières années. Les fusions-acquisitions ont gagné en importance, tandis que les investissements dans les nouveaux projets ont régulièrement cédé du terrain. Entre 1980 et 1999, la valeur des fusions et acquisitions a augmenté tous les ans de 42% en moyenne (…). Près des 4/5èmesde l’IDE sont désormais consacrés à des fusions et acquisitions  »17. S’il est vrai que la crise financière de 2007-2008 s’est accompagnée d’une baisse des fusions-acquisitions, on note, depuis quelques années, un regain d’activité dans ce domaine de sorte que « l’accroissement des flux mondiaux d’IED en 2011 a été alimenté en grande partie par les fusions-acquisitions internationales »18.
Cette stratégie d’accumulation correspondant à un mode de croissance de plus en plus externe des entreprises favorise la centralisation du capital et ce faisant, la possibilité de jouer les sites de production les uns contre les autres. Ce faisant, la remontée des profits a pu s’organiser, depuis les années quatre-vingt, via une dépréciation du facteur travail qui se traduit, dans la comptabilité nationale, par une baisse de la part des salaires à l’intérieur du PIB.

Part des salaires dans le PIB (%)
Années 60
1982
2005
Différence 2005-1982
Différence 2005-années 60
France
62,4
66,5
57,2
-9,3
-4,1
Europe
63,2
66,3
58,1
-8,2
-5,1
G7
66
67,5
61,5
-6
-4,5
Chine
n.d
53,6
41,4
-12,2
n.d
n.d : donnée non disponible.
Source : Husson Michel, La hausse tendancielle du taux d’exploitation, Inprecor, n°534-535, janvier-février 2008.
On voit clairement que l’effort productif du facteur travail a été moins rémunéré à partir des années 80 et s’est traduit par une diminution de la part des salaires de l’ordre de 8% du PIB en Europe à partir de 1982. Pour les nations du G7, on enregistre une baisse de la part des salaires comparable (6%). En revanche, on pointera le cas de l’économie chinoise où la part des salaires a, au cours de cette période, baissé de 12%, soit le double des nations développées.

Institutionnalisation
Cette évolution n’a, répétons-le, qu’un rapport indirect avec l’effondrement du « bloc soviétique ». Ainsi, c’est en 1986 qu’est lancé l’Uruguay Round qui portera l’OMC sur les fonts baptismaux. Or, l’Uruguay Round trouve son origine dans une réunion des ministres des Etats membres du GATT de novembre 1982.
Rien d’étonnant à ce que l’agenda des négociations ait mis 4 ans pour être concocté tant il était conséquent. Il envisageait, en effet, de revoir à la baisse les politiques de subsidiation dans l’agriculture, de favoriser les investissements directs étrangers (c’est-à-dire ouvrir grand le champ du commerce aux entreprises transnationales) et de mener à bien le processus de libéralisation du secteur financier. Les négociations de l’Uruguay Round avaient clairement pour but d’étendre le mandat du GATT, ce dont témoigne l’inclusion de services et des droits de propriété intellectuelle au menu des négociations. Enfin, l’Uruguay Round prévoyait une institutionnalisation renforcée de la dynamique de libéralisation des échanges puisqu’au terme de ce round, la création de l’OMC était planifiée. L’Uruguay Round a duré près de huit ans. Et plus de 120 pays ont participé aux pourparlers.
Il s’agissait, à l’époque, de la plus vaste négociation commerciale organisée au niveau mondial. Le 15 avril 1994, les accords résultant de l’Uruguay Round étaient signés à Marrakech. Et, dans la foulée, l’OMC voyait le jour le 1er janvier 1995.
Un nouveau cycle de négociations (le Doha Round) était lancé en 2001. Au départ, ce cycle de négociations devait durer 4 ans. Parmi les 21 points contenus dans la déclaration de Doha, on retrouvait l’ambition de libéraliser l’agriculture et les services. Les mouvements sociaux (surtout au Nord) ont réussi à enterrer l’accord général sur le commerce des services. Parallèlement, les pays du Sud ont toujours refusé de libéraliser leur secteur agricole. Fin juillet 2006, les négociations liées au cycle de Doha sont suspendues.
Le 7 décembre 2013, le paquet de Bali, censé sauver le programme du cycle de Doha, voit le jour. Les piliers du paquet de Bali étaient au nombre de trois. Tout d’abord, un objectif de facilitation des échanges commerciaux était affirmé. Concrètement, il s’agissait d’organiser un allègement des procédures en matière douanière de façon à réduire les coûts du commerce. Ces mesures de facilitation « ne posaient pas de réels problèmes »19. Le paquet de Bali prévoyait également un accès préférentiel aux marchés des pays développés pour les marchandises produites par les Pays Moins Avancés (PMA). D’après l’ODI (Overseas Development Institute, un think tank britannique spécialisé dans les questions de développement), cet objectif a été le moins controversé des trois puisqu’il se limitait à « des intentions pour l’avenir plutôt que des engagements fermes »20. De là à parler de marché de dupes pour les PMA, il n’y a qu’un pas que franchit l’ODI. « Des améliorations en ce qui concernent les règles d’origine et les barrières non-tarifaires auraient été davantage bénéfiques pour les PMA puisque ce sont ces barrières qui bloquent vraiment l’accès au marché21 ».
Le troisième et dernier point du paquet de Bali (à savoir l’agriculture) a, en revanche, posé davantage de problèmes. L’objet de la discussion portait sur le droit des pays en développement à subventionner leurs producteurs. Un bras-de-fer a, à cette occasion, opposé l’Inde aux États-Unis. Sous des dehors techniques, il s’agissait d’un affrontement politique des plus sérieux.
En effet, l’Inde désirait faire évoluer les programmes de sécurité alimentaire en fonction de l’inflation. Il s’agissait là d’une mesure destinée à contrer la volatilité des prix des aliments. Sur ce point, l’Inde était suivie par d’autres pays du Sud (notamment, la Bolivie, Cuba et le Venezuela). Certains pays développés (à commencer par les États-Unis) voyaient, dans ce type de mesures, une forme de barrière protectionniste. La résistance de l’Inde était d’autant plus méritoire que les règles issues de l’Uruguay Round s’opposent formellement à des règles de valorisation à prix courants des stocks de nourriture dans le cadre des programmes de sécurité alimentaire.
Devant cette fin de non-recevoir, l’Inde a proposé qu’un mécanisme intérimaire soit mis en œuvre en attendant une solution définitive. Les États-Unis ont répondu, à ce ballon d’essai, en faisant valoir que les mesures de soutien à l’agriculture du gouvernement indien pouvaient être maintenues pour une période de quatre ans. Et Bali de se conclure sur une note absolument favorable aux intérêts occidentaux. Il était, en effet, convenu, au terme du processus, que l’OMC négocierait une solution permanente au sujet de l’agriculture endéans les quatre ans. Mais vu l’impossibilité en vertu de l’Uruguay Round d’organiser une indexation des programmes alimentaires sur l’inflation, laisser les choses en l’état ne signifiait ni plus ni moins que remettre la pression à plus ou moins brève échéance sur les pays du Sud afin qu’ils libéralisent leur agriculture.
Et ce qui devait arriver arriva. Fin juillet 2014, le représentant indien demandait le report de l'entrée en vigueur du paquet de Bali.
Au total, force est de constater que l’OMC, vingt ans après sa création, est bien en crise. Le fait que les tractations relatives au TiSA, au Traité transatlantique et à l’Accord de partenariat transpacifique sont organisées en dehors de l’OMC constitue autant d’indicateurs de difficultés structurelles. Après l’échec en 2006 du cycle de Doha, une tendance au bilatéralisme et aux coopérations régionales dans les relations commerciales s’est, en effet, affirmée.
La crise profonde que traverse aujourd’hui l’OMC conduit donc à une modification en profondeur du cadre des négociations afférent au commerce international. Le TiSA, par exemple, s’inscrit pleinement dans cette tendance.

C’est, d’ailleurs, en raison de la paralysie dans laquelle se trouve l’OMC depuis 2006, qu’un groupe de pays chaperonnés par les États-Unis a choisi, en 2012, de mettre en œuvre des négociations dans un cadre alternatif. Les récents événements ayant accompagné l’échec de la mise en œuvre du paquet de Bali dans le cadre de l’OMC nous incitent à penser que des démarches similaires au TiSA seront fortement investies politiquement par les États-Unis dans les années à venir.
Bloc contre bloc ?
Que penser de l’impact de cette démarche sur les nations émergentes, à commencer par les BRICS ? Il serait tentant de voir dans la crise de l’OMC une montée en puissance des BRICS face à l’Oncle Sam22. Nul doute, à cet égard, que l’histoire à venir sera moins « occidentalocentrée » que ce que nous avons, jusqu’à présent, connu.
A cet égard, la décision adoptée par les BRICS, à la mi-juillet 2014, de créer la « Nouvelle banque de développement » se posant en alternative à la Banque mondiale et au FMI est historique. La Nouvelle banque de développement aura pour mission première de doter ses membres d’une capacité de résistance face à de futurs chocs financiers. Elle veillera également à aider des nations tierces à faire face aux soubresauts économiques que ne manquerait pas d’occasionner un éventuel relèvement des taux de la Fed (Banque centrale des États-Unis).
Les grands argentiers du monde ne sont plus exclusivement occidentaux. C’est un fait.
On veillera, cependant, à remettre les choses en perspective. Le capital initial total de la nouvelle banque de développement pour les financements de projets d’infrastructure équivaut à 50 milliards de dollars. Le programme de liquidités d’urgence est, pour sa part, capitalisé à hauteur de 100 milliards de dollars23.
En avril 2014, la capacité de prêt du Fmi dépassait les 500 milliards de dollars24. Par ailleurs, le Fmi dispose de deux mécanismes multilatéraux d’emprunt permanents « dont la capacité totale est actuellement (…) 559 milliards de dollars. Si le FMI estime que les ressources qu'il tire des quotes-parts pourraient être insuffisantes pour répondre aux besoins de ses États membres, en cas de crise financière grave par exemple, il peut recourir à ces mécanismes »25. Moralité : le statut d’acteur incontournable du Fmi dans les relations financières internationales n’est que marginalement remis en cause par la Nouvelle banque de développement dont la création reste, par ailleurs, à saluer comme instrument d’autonomisation des BRICS.
En examinant de plus près la crise sévissant au sein de l’OMC, on s’aperçoit que les États-Unis et l’Union européenne assument, sans trop de regrets, la mise en sourdine de l’organisation genevoise. Alors que l’échec du processus de Bali était consommé, l'ambassadeur US Michael Punke, tout en témoignant de sa « profonde déception », faisait valoir que les États-Unis ne feraient pas de concessions supplémentaires quitte finalement à ce que« cette organisation [soit] dans le noir ». L’ambassadeur Punke ajoutait que « beaucoup de membres de l'OMC ont souligné que si le paquet de Bali échoue, il n'y aura pas de post-Bali et nous sommes malheureusement d'accord avec eux  ». Le représentant de l’Union européenne auprès de l’OMC opposait également une fin de non-recevoir aux demandes de l’Inde, du Venezuela et de Cuba. « Nous devons respecter les décisions prises à Bali par les ministres. L'Union européenne n'est pas prête à renégocier des éléments fondamentaux ou des échéances acceptées dans le paquet de Bali  »26. Il est de plus en plus évident que, face à la montée des pays émergents, les États-Unis et leur allié européen tentent de constituer, comme en témoigne les tractations transatlantiques, un bloc occidental de plus en plus intégré sous direction états-unienne.
A cet égard, la mise en sommeil de l’OMC et du multilatéralisme pourrait, à terme, révéler des fissures au sein du groupe des BRICS qui sont de loin de former un bloc unifié et coordonné. Le TiSA se révèle, de ce point de vue, particulièrement intéressant. Les ambitions de ce traité concernant la libéralisation des services vont bien plus loin que celles de l’OMC. Or, on observe un enthousiasme certain de la part du gouvernement chinois quant au contenu du TiSA. Une étude réalisée par PSI (le syndicat international des services publics) mentionnait que la Chine avait demandé à rejoindre les pourparlers (le fait était qualifié d’ « événement majeur » par PSI). Les États-Unis se montraient, pour leur part, réticents à accueillir la Chine à moins que cette dernière ne manifeste un très haut niveau d’ambition.
Il se pourrait que l’Oncle Sam ne soit pas déçu. « Dans le cadre de son dernier plan quinquennal, la Chine a exprimé un nouvel intérêt envers un renforcement de la libéralisation des services et une augmentation des exportations de services ».27 Les secteurs susceptibles d’intéresser les Chinois sont « la finance, le transport maritime et la logistique, les échanges commerciaux, les services professionnels, tels que la justice et l’ingénierie, la culture et les loisirs ou encore les services sociaux, en ce compris l’éducation et les services de soins de santé  »28.
On s’interrogera, avec PSI29, sur le récent enthousiasme du gouvernement chinois pour la libéralisation de services. Nul doute que si la Chine persistait dans cette voie, il en résulterait une pression accrue à la marchandisation des services publics. En particulier, les soins de santé et l’éducation. Cette orientation léserait les intérêts de deux partenaires importants de la Chine au sein des BRICS. En l’occurrence, le Brésil et la Russie, pays dans lesquels des politiques sociales inclusives constituent un élément important de légitimation des gouvernements en place. En fin de compte, rien ne permet d’augurer que les BRICS continueront à parler d’une même voix à moyen terme.

[1] Il s’agit de l’Australie, de la Belgique, du Brésil, de la Birmanie, du Canada, du Sri Lanka, du Chili, de la Chine, de Cuba, de la Tchécoslovaquie, de la France, de l’Inde, du Liban, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Nouvelle Zélande, de la Norvège, du Pakistan, de la Rhodésie du Sud (actuellement Zimbabwe), de la Syrie, de l’Afrique du Sud, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.
[2] Traduction française : Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (AGCS).
[3] Pontvianne Aymeric, L’agriculture à l’OMC : libéralisation, développement et souveraineté in L’agriculture, nouveaux défis, Insee, Paris, 2007, p.123.
[4] Voir à ce sujet le site du Gresea (http://www.gresea.be/spip.php?mot1124)
[5] Sicard Pierre, Le Kennedy Round, une entreprise ambiguë in La politique économique extérieure des Etats-Unis au XXe siècle, revue Histoire, économie et société, 2003, 22e année, n° 1, p.68.
[6] Ibid.
[7] Le but du dumping répond à la volonté d’écouler des produits sur un marché extérieur. Si cette production est excédentaire à l'extérieur, le dumping permet alors préserver les marges sur le marché national. Dans un autre cas de figure, le dumping répond à la volonté offensive de prendre un avantage. Dans tous les cas de figure, les faibles marges à l’export sont compensées par des marges plus importantes sur le marché intérieur. Ce différentiel peut, par ailleurs, résulter de l’octroi de subventions gouvernementales
[8] Le dossier agricole ne manque pas d’être abordé lors du Tokyo Round. « Européens et Américains se sont entre-déchirés pendant des mois et des mois pour aboutir à un compromis concernant les produits laitiers et la viande bovine ; en revanche, aucun compromis n’a été obtenu à propos des céréales » (Leboutte René, Histoire économique et sociale de la construction européenne, Peter Lang, Berne, 2008, p.366). Sur la base de ces éléments, une définition du Gatt, fût-elle « alternative », n’incluant pas l’agriculture nous semble audacieuse et, pour tout dire, erronée.
[9] Carreau Dominique, Flory Thiébaud, Juillard Patrick, Chronique de droit international économique in Annuaire français de droit international, vol.25, 1979. p. 582.
[10] Wellenstein Edmond, Les négociations commerciales multilatérales, 1973-1979, dites « Tokyo Round » in Politique Etrangère, n°2, 1979, 44e année, pp.303-304.
[11] Boiral Olivier, Pouvoirs opaques de la Trilatérale, Le Monde Diplomatique, novembre 2003
[12] Barry Goldwater fut sénateur républicain de l’Arizona de 1953 à 1987. Candidat à la présidence en 1964, Goldwater est considéré comme un des hérauts du renouveau conservateur aux Etats-Unis ayant posé les bases du reaganisme dans les années quatre-vingt. A ce sujet, voir Serge Halimi, Quand la droite américaine pensait l’impensable in Le Monde Diplomatique, janvier 2002.
[13] Goldwater Barry, With No Apologies. The Personal and Political Memoirs of United States Senator Barry. M. Goldwater, William Morrow & Co, New York City, 1979, p.284.
[14] The plenary conference of the trilateral commission (Tokyo-1985), Ed.Yoshitsu, Tokyo, 1985, p.27.
[15] A ce sujet, voir Ancelovici Marco, Attac et le renouveau du libéralisme in Raisons Politiques, n°16, novembre 2004, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, pp.45-59.
[16] Poulantzas Nicolas (dir.), La crise de l’Etat, Paris, Presses Universitaires de France, 1976, p.21.
[17] OCDE, L’investissement direct étranger au service du développement. Un maximum d’avantages pour un minimum de coûts, Paris, 2002, p.64.
[18] Cnuced, World Investment report 2012, p.7.
[19] Bassnett Yurendra, WTO Bali Declaration : what doest it mean ?, 6 décembre 2013 (Url : http://www.odi.org/comment/8056-wto-bali-declaration-least-development-countries-trade-facilitation-agriculture-doha-round).
[20] Ibid.
[21 Ibid.
[22] Voir à ce sujet Gelin Romain, L’OMC : un avenir compromis (8 août 2014) sur le site du Gresea (http://www.gresea.be/spip.php?article1285 ).
[23] The Economist, édition mise en ligne le 19 juillet 2014.
[24] International Monetary Fund Factsheet, Les ressources du Fmi, 4 avril 2014, URL : https://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/finfacf.htm
[25] Ibid.
[26] Reuters, 4 août 2014.
[27] Sinclair S et Mertins-Kirkwood H, L’ACS contre les services publics, Rapport spécial de la PSI, 28 avril 2014, pp.6-8.
[28] Financial Times, 27 septembre 2013
[29]Sinclair S et Mertins-Kirkwood H, op.cit.
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www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-omc-en-crise-les-brics-maitres-157836